Mois de la Photo à Paris 2012

Le réel enchanté

Commissaire : Stéphane Wargnier

Agence Modds

Ryszard Horowitz - Galerie Basia Embiricos

Richard Mosse - Centre culturel irlandais

Peter Bialobrezeski - ENSA

Frédéric Nauczyciel - Musée de la chasse et de la Nature

Nicolai Howalt et Trine Sondergaard - Maison du Danemark

Alain-Gilles Bastide - Galerie Dufay-Bonnet

Thibault Brunet - Galerie Binôme

"Le réel enchanté" - Galerie Roi Doré

"Thanks to Luigi Ghirri & Italian emerging photography" - Hôtel de Sauroy

Sophie Elbaz : "Géographies intérieures" - Musée d'art et d'histoire du Judaïsme

"Distances différentes" - Institut sudéois

Susanna Pozzoli

Faut-il voir la réalité en face ? la nature analogique de la photographie la fait s’interroger depuis ses origines sur les distances plus ou moins grandes qu’elle prend avec sa fonction documentaire. témoigner du monde comme il va, d’Atget à Ristelhueber, d’evans à Parr, trace des lignes et découpe des familles dans l’histoire de la photographie qui revendique sa contingence, sinon sa trivialité. dans le prolongement du siècle des lumières, « l’éthique moderne » a conforté le photographe dans l’obligation de rendre compte d’une réalité brute sinon brutale, crue sinon cruelle, qu’habite un sujet, privé du sens que donnaient à sa vie les croyances de l’ancien monde. la photographie contemporaine, en brouillant les frontières entre ambitions plasticiennes et rigueur descriptive, a conforté la place centrale de « l’utopie documentaire », bannière sous laquelle se sont succédé toutes sortes de courants tels que le social, le vernaculaire, l’ordinaire, l’anonyme ou le neutre. l’accès du photojournalisme aux cimaises des galeries et des musées a achevé de transformer leur fréquentation en opportunité de vérifier le sévère désenchantement du monde.

Pourtant, à l’opposé de cette aride morale du témoignage, tout un pan de la création photographique s’évertue, selon la formule de lautréamont, à « faire voir tout en beau ». Pour des raisons professionnelles (les exigences, par exemple, de la publicité ou de la mode) ou strictement personnelles, des « enjoliveurs » construisent du monde une image esthétique, ludique, positive ou tout simplement aimable. « l’idée de la réalité est surestimée. » affirme ainsi allègrement greger Ulf nilson, en exergue de l’exposition de jeunes photographes suédoises, dont il est le commissaire. ouvertement héritière de l’histoire de l’art, leur esthétique s’efforce de transcender la mode pour tendre vers une harmonie anachronique. dans les images de deborah turbeville se fondent, au propre comme au figuré, mise en scène et mise en abîme d’un passé recomposé sur des tirages aux allures de vintages. François Fontaine parvient à donner forme, troublante et sensuelle, aux images mentales héritées du cinéma qui peuplent nos rêves.

En prise, au contraire, avec l’urgence d’une actualité d’une rare violence, tout l’enjeu des embarrassantes images des rebelles en guerre à l’est du Congo de Richard Mosse est de tenir l’atrocité du réel à distance.

Parfois, une écriture photographique singulière suffit à transfigurer le sujet le plus aride, banal ou éculé : Jean-Pierre Porcher métamorphosant l’architecture de Corbu en abstraction picturale, todd hido révélant l’étrangeté des paysages, Peter bialobrzeski sublimant l’artificialité des mégalopoles asiatiques. en déjouant la mimesis, la photographie sait aussi sauver les apparences et donner à voir une « réalité enrichie » de sens et de poésie. il est des images qui rincent l’œil du tragique qui l’entoure, qui lui rendent la fraîcheur d’un regard neuf. des images qui font aimer la vie plus que les images.

Liste des expositions