Mois de la Photo à Paris 2012

Premier regard

JEAN-LUC MONTEROSSO

Commissaire général

Les thèmes de la 17e édition du Mois de la photo répondent à un double souhait : celui de mieux faire connaître la richesse et la diversite de la creation photographique française contemporaine, et celui de retrouver à travers le petit format l’un des usages les plus fréquents de la photographie, qui a prévalu des origines aux années 1980.

A la Maison européenne de la photographie, c’est à une histoire contemporaine de la photographie que nous convient Alain Sayag et Gilles Mora. Dans le parcours chronologique qui mêle tirages argentiques et pages imprimées, ils nous révèlent les moments forts de ce qui, pour certains, apparaît aujourd’hui comme un âge d’or.

En contrepoint, on retrouve l’œuvre de Claude Nori, éditeur et photographe, les images somptueuses de Choi, ainsi que les deux cartes blanches offertes à Jean-Claude Lemagny et à Alain Fleischer : le premier a choisi le travail de Jean-Luc Tartarin, le second les autoportraits de Sarah N.

Leonor Nuridsany, une des trois délégués artistiques du Mois de la photo avec Agnès de Gouvion Saint-Cyr et Stéphane Wargnier, nous propose une sélection faisant la part belle aux inédits et aux découvertes. Françoise Huguier présente à l’Académie des beaux-arts les premières images de son dernier travail sur Singapour, Bangkok et Kuala Lumpur.

La Bibliothèque nationale de France révèle un photographe encore peu connu, Etienne Bertrand Weill. La FIAP Jean Monnet réunit une famille de photographes, les Sudre, qui depuis plusieurs générations ont marqué le paysage photographique. Mais ce sont incontestablement de jeunes artistes comme Moussa Sarr à la Galerie Martine et Thibault de La Châtre, ou Nicolas Descottes à la Galerie Pierre Brullé, ou encore les photographes regroupés dans ces nouveaux collectifs, tels que l’Agence Moods ou Transit, qui constituent les révélations de cette édition 2012. Sans oublier le jolihommage rendu au Musée du Montparnasse à Mlle Yvette Troispoux que Robert Doisneau appelait affectueusement “ma photocopine”.

Avec le “Réel enchanté”, c’est un peu de la photographie de mode, de publicité et de mise en scène dont il est question. Stéphane Wargnier a choisi de redonner des couleurs à l’œuvre de Ryszard Horowitz à la Galerie Basia Embiricos, tandis que Jean-Pierre Porcher nous invite à une promenade picturale en compagnie de Le Corbusier.

On redécouvre aussi, non sans émotion les images de Deborah Turbeville à la Galerie Serge Aboukrat, ou encore l’œuvre de Ferenc Berko à l’Institut hongrois. Le Paris burlesque de Sandrine Elberg ne manque pas également d’éveiller l’intérêt de ceux pour qui la photographie se doit de “surjouer” le réel.

“Small is beautiful”, dont Alain Paviot nous avait donné le la il y a quelques années, revient aujourd’hui en force grâce aux choix d’Agnès de Gouvion Saint-Cyr. Découvrir la Chine du milieu des années 1850 à travers les premières photographies de Jules Itier revisitées par Patrick Bailly-Maître-Grand, ou retrouver à la Galerie Camera Obscura les miniatures poétiques de Sarah Moon, Bernard Plossu et Masao Yamamoto permettra des rapprochements peut-être audacieux, mais à coup sûr stimulants. Au Petit Endroit et à la Galerie de l’hôtel Lutetia, Jean-Baptiste Sénégas reprend le chemin des daguerréotypes et de l’ambrotype, tandis que le polaroïd éclaire la genèse des œuvres de Charlotte Dumas, à l’Institut néerlandais.

Cet intérêt pour les techniques anciennes, alors que le numérique semble s’imposer partout, est un des aspects les plus singuliers de la création photographique contemporaine.

Comme pour chaque Mois de la photo, de grandes expositions transversales viennent enrichir la programmation : hommage à Manuel Alvarez Bravo au Jeu de paume, Paul Graham au Bal, ou carte blanche donnée (à Jesse A. Fernandez) à la Maison de l’Amérique latine. Sans oublier, bien sûr, les projections, les débats, les conférences qui donnent à tout festival convivialité et couleurs.
Après ce premier regard, qu’on me permette de remercier ici les trois délégués qui ont su fédérer les initiatives les plus innovantes et les plus attractives, ainsi que tous nos partenaires publics et privés qui, une fois encore, ont apporté leur soutien pour faire de cette 17e édition un moment fort de la saison photographique parisienne.