Mois de la Photo à Paris 2012

Deborah Turbeville

Unseen Versailles

16 octobre 2012 - 30 janvier 2013

Galerie Serge Aboukrat

7, place de Furstemberg, 6e.

Tel.: +33 1 44 07 02 98


Métro : Saint-Germain-des-Prés
Du lundi au vendredi : 14 h – 19 h
Entrée libre


Plan sur Google maps Ajouter à ma sélection

© DEBORAH TURBEVILLE

Deborah Turbeville est une légende dans le monde de la photographie et plus précisément dans celui de la photographie de mode. Cette “amoureuse du temps passé” s’est donné pour règle de ne “jamais chercher à ressembler aux autres”. Dans l’univers de la mode, dominé par les hommes et saturé d’images, les photographies de Deborah Turbeville ne ressemblent à aucune autre dans la mesure où la mode n’a été pour elle qu’un moyen de parfaire son art photographique. Dans ses œuvres règne une atmosphère vaporeuse dans des tonalités quasi paradisiaques. Ses élégants clichés ont introduit une esthétique étrange et hors du temps totalement inédite dans le milieu des éditeurs. Ses modèles semblent surgir de souvenirs profondément enfouis. Chez elle, fiction, rêve et fantasme métamorphosent un désir de s’échapper de la réalité pour rejoindre des lieux désertés et propices à ses mises en scène. Première femme photographe à travailler pour Vogue, elle fut la protégée de Richard Avedon qui voyait en elle “un véritable événement dans le monde de la photographie”. Elle s’imposa comme photographe et artiste par la singularité de son style et l’originalité de sa vision. Son travail sur les “bikinis dans une cimenterie” a été qualifié par Alexander Liberman, le directeur de Condé Nast, de reportage “le plus révolutionnaire du moment”. Mais c’est son reportage de mode The Bathhouse qui l’a rendue célèbre. Unseen Versailles ne fait que confirmer son talent. Cet ouvrage consacré à Versailles est né d’une commande de Jacqueline Kennedy-Onassis qui souhaitait que l’artiste rende compte du “sentiment qu’il y a des fantômes et des souvenirs”. Ses modèles au regard presque absent semblent ignorer l’espace de leur confinement. En cela elle rejoint le travail de Richard Avedon – c’est ce qu’explique David Hamilton qui, grand admirateur de son œuvre, n’hésite pas à la comparer à Edgar Degas, notamment dans cette manière si particulière de se confronter à l’espace. Comme l’écrivain pour son manuscrit ou le cinéaste pour son story-board, Deborah Turbeville retravaille ses clichés qu’elle altère volontairement et artificiellement par grattage, scotchage ou épinglage pour donner l’illusion de vieux clichés et pour en augmenter la part de mystère. Beaucoup de ses photographies à l’atmosphère érotique sont une invitation à un voyage dans un monde plein de délicatesse. Proposant une vision littéraire de la mémoire, ses compositions mettent en scène des personnages qu’on dirait sans espoir, enfermés dans leur solitude, au regard résigné des exilés, s’ignorant les uns les autres, et dont la tristesse semble réfuter le passé pour mieux appréhender le présent et se tourner vers le futur.
Serge Aboukrat