Mois de la Photo à Paris 2012

Au milieu de nulle part

Pascal Grandmaison, Isabelle Hayeur, Thomas Kneubühler

Isabelle Hayeur, Pascal Grandmaison, Thomas Kneubuhler

14 novembre 2012 - 22 mars 2013

Centre culturel Canadien

5 rue de Constantine, 7e.

www.canada-culture.org

Tel.: +33 1 44 43 21 90


Métro : Invalides
Du lundi au vendredi : 10 h – 18 h
Jeudi : 10 h – 19 h
Entrée libre


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Thomas Kneubuhler, Nomadic Settlement # 2, issue de la se?rie “under currents” , 2011 © Thomas KNEuBuHLEr

Il y a des lieux, des choses qu’on ne remarque? plus, qu’on voit sans voir, tellement ils “font partie?du paysage”. Il y a des mots, des formules qu’on prononce sans prêter attention à leur sens, tant l’usage répandu et familier a estompé la richesse?de leur signification. Il en va ainsi de cet “au milieu?de nulle part” qui suggère une étrange rencontre entre géométrie et géographie. Cette expression paradoxale aux résonances à large spectre (de l’ironie à la poésie, du désenchantement à la contemplation) désigne? un lieu surgissant d’un espace presque insituable, telle une île ignorée, tel un mirage en plein désert. Cette “situation insituable” – absurdité ? paradoxe ? tromperie ? leurre ? éclat ? – représente pourtant?un objet fabuleux pour la photographie.? Les trois photographes ici réunis vivent à Montréal, ville-île déployée dans le méandre d’un fleuve.? Car même si la plus grande partie de leur île est ?reliée par des ponts aux terres qui l’enserrent, ?les Montréalais restent des insulaires. Sa localisation a fait de la ville un point de passage obligé sur un trajet fluvial stratégique, entre le golfe du Saint-Laurent ?et l’intérieur des États-Unis, un trajet qui rappelle ?la découverte du continent nord-américain, et avec elle la mémoire d’innombrables enracinements ?et déracinements.?

Ce site singulier et cette identité insulaire ont? à l’évidence sur l’imaginaire artistique un impact puissant. Mais est-il pour autant possible d’en circonscrire les contours ou de le thématiser en?tant que tel ?

Il émane des œuvres ici réunies une forme? de splendeur solitaire qui se manifeste sur? le plan formel et porte sur des enjeux aussi bien graphiques, perceptuels, esthétiques, que sociaux, environnementaux et politiques. Quelque chose? de tout à fait singulier surgit de la mise en relation ?de ces différents travaux : maison-témoin dans ?un environnement suburbain presque irréel? d’Isabelle Hayeur (Maisons modèles) ; centre de?ski de la périphérie montréalaise photographié de nuit par Thomas Kneubühler (Electric Mountains) ; abstraction d’une vaste étendue blanche d’où surgit un portrait en pied tronqué et disproportionné (Pascal Grandmaison, Waiting Photography). Un paysage reporté en lisière de l’œuvre par Grandmaison (Upside Land) répond aux lisières internes d’une Excavation d’Isabelle Hayeur. D’autres complicités surgissent qui nous alertent sur ce qui se trame en surface, dans la soudaine et étonnante proximité de choses étranges, ou qui nous sont étrangement montrées. ?La photographie montre ici son pouvoir de figurer des espaces-temps hors de notre monde quotidien, de son flux, de son bruit et de l’inattention. Les sujets qui affichent un déracinement semblent privés d’ancrage naturel, de rattachement au continuum du monde. Chez Pascal Grandmaison, Isabelle Hayeur et Thomas Kneubühler, le cadrage propose un autre découpage du réel pour nous conduire ailleurs, non pas vers quelque forme d’exotisme mais, plus familièrement, au milieu de nulle part.

Commissariat : Catherine Bédard