Mois de la Photo à Paris 2012

Anon

07 novembre 2012 - 29 décembre 2012

Galerie Fait & Cause

58, rue Quincampoix, 4e.

Tel.: +33 1 42 74 26 36


Métro : Les Halles ou Rambuteau
Du mardi au samedi : 13 h 30 – 18 h 30
Entrée libre


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France. COLLECTION Jean Henry

L’anonymat en photographie scelle le statut d’une pratique désormais courante et si banalisée que la revendication de son auteur fait exception à la règle. Même issue d’un dispositif automatique, toute image requiert un opérateur, mais celui-ci n’en revendique plus l’invention : il se fond dans la foule des praticiens anonymes qui ne cherchent pas à se singulariser par une production machinale, impersonnelle, essentiellement liée au loisir. Or la photo anonyme couvre un champ infini duquel l’œuvre, voire le chef-d’œuvre, n’est pas absent : ces obscures photos n’attendent souvent qu’un regard pour les découvrir ! Contrairement à d’autres innovations techniques de l’ère industrielle, l’invention “donnée au monde” par Arago – l’appareil photo – a très vite étendu son empire auprès de nombreux amateurs curieux et avides de s’exercer. D’abord encombrant et onéreux - et donc réservé à une minorité -, le boîtier s’est peu à peu simplifié et a vu son poids et son coût allégés. Devenu usuel, il a permis à chacun de faire des images en toute autonomie. Phénomène sans précédent dans l’histoire des représentations, il permet, par simple pulsion digitale, d’accéder au champ infini de l’exploration optique, sans que soit requis un savoir ou un savoir-faire préalables. Cela explique le prodigieux succès populaire de la photo, qui va de pair avec sa déconsidération comme pratique de masse. À la noblesse artistique et professionnelle ratifiée par l’institution et par le marché, à sa rareté, à son prix, s’oppose une pléthore de photos ordinaires censées satisfaire la consommation immédiate de ses usagers, peu regardants quant au résultat. Pourtant, la “pratique d’amateur” englobe une réalité composite, qui va de l’opérateur familial
au semi-professionnel, du praticien par accident au fervent adhérent du photo-club, du reporter d’occasion au savant curieux d’archiver son étude, du soldat des tranchées au badaud rêveur ou au peintre soucieux de fixer une intuition visuelle... Elle touche la foule des particuliers, sédentaires ou voyageurs, le modeste artisan de quartier ou de plage, l’opérateur ambulant des campagnes, le photographe des écoles, sans oublier le fabricant de cartes postales – support épistolaire innombrable et prospère qui a industrialisé le pittoresque bon marché et instruit l’archive du paysage rural et urbain... Travaux de commande ou initiatives isolées, épreuves égarées par d’illustres artistes ou distraites à leurs propriétaires – et que dire du photomaton, photo sans photographe par excellence... ? – ces images, devenues orphelines de leur auteur ou de leur commanditaire, sont dispersées et stockées dans des archives d’agences, d’entreprises, d’administrations ou de bibliothèques, elles sont réunies en albums ou versées en vrac dans des tiroirs, livrées aux marchands de vieux papiers, quand elles ne sont pas jetées à la poubelle ou sur les trottoirs...

Ce gigantesque corpus condamné à un anonymat radical échappe à tout inventaire, résiste à la connaissance, aux catégories et au classement.

Commissariat : Robert Delpire