Mois de la Photo à Paris 2012

Sophie Zénon

Cadavres exquis, Le grand livre de Palerme

03 novembre 2012 - 15 décembre 2012

Galerie Thessa Herold

7, rue de Thorigny, 3e.

www.thessa-herold.com

Tel.: +33 1 42 78 78 68


Métro : Saint-Paul ou Saint-Sébastien-Froissard
Du mardi au vendredi : 14 h – 18 h 30
Samedi : 11 h – 18 h 30
Entrée libre


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Sophie Zénon, Capucin, Palerme 2008 Se?rie “In Case We Die” 120 x 80 cm © Sophie Ze?non

Sophie Zénon alterne travail d’ordre documentaire et démarche plasticienne avec une même fascination pour ce qui touche au rituel, au sacré, au mystère. C’est d’abord au contact de nouvelles cultures qu’elle déploie son travail – notamment en Mongolie, en Sibérie et au Cambodge –, captant “l’esprit des lieux”, sans jamais rien concéder au pittoresque, à l’exotisme et au spectaculaire. Puis elle revient à ses thèmes de recherche de prédilection : la disparition, la mémoire, la transmission.

Pour sa première exposition à la Galerie Thessa Herold, Sophie Zénon présente une série de grands formats extraite d’In Case We Die, consacrée aux momies du couvent des Capucins de Palerme en Sicile. Isolant les momies dans le cadre de l’image afin de leur offrir un nouvel espace d’existence, la photographe joue de la vibration des formes entre le net, le flou et le bougé, conférant à l’image une pictorialité qui transfigure l’expression des cadavres. Voulant se défaire de l’action mortifère de l’acte photographique, elle interroge ici le médium. Dans Le Grand Livre de Palerme, les momies deviennent Vanités contemporaines. Dans ce livre d’artiste, Sophie Zénon explore et détourne les albums de famille qui se sont abondamment développés à partir du milieu du xixe siècle, parallèlement à l’avènement d’une petite bourgeoisie avide de portraits, ces “gros bouquins de cuir armés de ferrures dissuasives, des pages épaisses comme le doigt, bordées d’or, sur lesquelles se distribuaient des figures grotesquement fagotées” (Walter Benjamin, Petite histoire de la photographie, 1931).

“Sophie Zénon s’est-elle rappelée de la manière dont fut perçue la photographie à ses origines, au moment où les images sont à ce point présentes que nous ne les questionnons plus ? Un texte célèbre d’André Bazin (Ontologie de l’image photographique) posait comme origine de l’art ce qu’il nommait « le complexe de la momie » : le besoin de défense contre le temps est, écrivait-il, « un besoin fondamental de la psychologie humaine ». Dans cette perspective, l’apparition de la photographie, qui donna l’illusion de réduire l’écart entre le monde et sa représentation, fut décisive : enfin, on pouvait préserver son visage et son corps par delà la mort, et fixer ce qui était voué à disparaître. C’est ainsi que, dès ses débuts, on prêta souvent des vertus magiques à la photographie, se demandant, comme Balzac, si elle était capable de capter les spectres lumineux de l’âme ou, comme en témoigne la vogue de la photographie spirite à la fin du xixe siècle, si elle pouvait faire apparaître les fantômes. Les momies des catacombes de Palerme ont été saisies avec délicatesse, dans leur infinie altérité, et semblent vibrer, voire presque danser, entre présence et disparition. Comme Roland Barthes cherchant à retrouver l’image de sa mère défunte dans La Chambre claire, la photographe a su « entourer de [s]es bras ce qui est mort, ce qui va mourir, pour faire apparaître leur être, faisant ainsi vaciller la frontière entre la vie et la mort.

Isabelle Soraru, université de Strasbourg, docteur en littérature comparée