Mois de la Photo à Paris 2012

Thierry Cohen

Villes éteintes

08 novembre 2012 - 22 décembre 2012

Galerie Esther Woerdehoff

36, rue Falguière, 15e.

www.ewgalerie.com

Tel.: +33 9 51 51 24 50


Du mardi au samedi : 14 h – 18 h
Entrée libre


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Thierry Cohen. San Francisco 37° 48’ 30’’ N 9-10-2010 lst 20:58 © Thierry Cohen

Dans cette série de photographies de Thierry Cohen on croit voir des nuits étoilées au-dessus des villes. C’est en fait tout l’inverse. Ce sont les ciels que nous ne voyons pas.

Ces photographies ont pour origine une opération sans laquelle rien ne serait possible : la voûte étoilée qui surplombe un site donné est superposée au paysage urbain d’un tout autre lieu. L’on sait qu’il ?est impossible d’observer les détails d’un ciel étoilé au-dessus d’une ville. L’éclairage urbain entraîne une pollution lumineuse telle que celui qui observe le ciel est aveuglé comme par les phares d’une voiture. Pourtant les étoiles sont bien là, mais masquées par toutes les interférences humaines.?

Thierry Cohen ne se contente pas de remplacer un ciel par un autre dans le souci de rendre plus lisible sa photographie. Il explore des lieux sauvages, dénués de toute pollution lumineuse – le désert d’Atacama, le désert de Mojave, le Sahara occidental... –, ayant une bonne clarté atmosphérique mais situés à la même latitude que les villes qu’il a photographiées : sur ces ciels immaculés il pointe son objectif avec un angle constant. La Terre tournant sur son axe, il obtient des ciels identiques à ceux que l’on pourrait observer quelques heures avant ou après au-dessus des mêmes villes. En d’autres termes, il montre un ciel non pas imaginaire, mais tel qu’il devrait être vu au-dessus de Rio, de New York, de Shanghai, de Tokyo, de Hong-Kong ou de Paris.?

À mesure que la population mondiale s’urbanise? et que notre relation à la nature se distend, les conséquences négatives de la pollution lumineuse sont de plus en plus criantes. Elles induiraient chez l’être humain des maux physiologiques – comme certains types de cancer –, et l’on sait que le “jour permanent” a des incidences psychologiques. La “ville qui ne dort jamais” est peuplée de millions d’individus qui ne sont plus soumis au cycle naturel travail-repos. Tout le monde du vivant – animal et végétal – est touché par ces atteintes. L’observation astronomique, fondamentale pour la compréhension de nos origines, est également une activité de plus en plus menacée par la disparition progressive de la nuit. Thierry Cohen ne se contente pas de nous révéler les ciels que nous ne pouvons pas voir. Ses villes semblent mortes sous le feu d’artifice des étoiles. Une légende urbaine déjà ancienne explique? que chaque ville est une réserve d’énergie capable d’illuminer et d’irradier tout ce qui l’entoure. Thierry Cohen nous dit qu’il n’en est rien.

En effet, comment ne pas lire dans ses images ?la froideur de cités éteintes et coupées des énergies apparemment infinies qui les dominent ?

?Francis Hodgson