Mois de la Photo à Paris 2012

Roberto Battistini

Regards d’artistes

01 novembre 2012 - 30 novembre 2012

Galerie Blumann

4, place des Vosges, 4e.

www.galerieblumann.com

Tel.: +33 1 42 76 04 09


Métro : Bastille ou Chemin-Vert
Du lundi au dimanche : 12 h -19 h
Entrée libre


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Roberto Battistini, Philippe Pasqua © Roberto BATTISTINI

Trait pour trait

Le portrait oscille toujours entre l’hagiographie ?et l’iconoclasme. La crainte du modèle est donc justifiée puisqu’il ne sait pas ce qui sortira de l’objectif. D’objectivité en photographie il n’est pas question.? Le photographe fixe pour l’éternité une subjectivité? qui est fondamentalement liberté ! Sartre nous rappelle à quel point le regard fige le sujet qui en est l’objet. “Autrui, c’est d’abord la fuite permanente des choses vers un terme que je saisis à la fois comme objet à une certaine distance de moi et qui m’échappe en tant qu’il déplie autour de lui ses propres distances.” Le projet ?du photographe est par conséquent d’abolir la distance qui le sépare de son modèle afin que celui-ci, d’objet, redevienne pleinement sujet. Cette abolition ne consiste pas seulement à briser la glace : elle suppose de la part du photographe une stratégie lui permettant d’entrer par effraction dans l’intimité du sujet? pour qu’il révèle la part essentielle de sa subjectivité. Mais la difficulté se redouble lorsque le sujet photographié est lui-même un homme du regard. L’artiste connaît en effet le terrible pouvoir de l’image : sa force incantatrice ou destructrice. Pour lui, l’image n’est pas une copie du réel, mais ce qui le structure. On comprend alors aisément que l’artiste ne se donne pas. Devant sa propre image, il dissimule une insincérité maximale. Son don est de façade : il offre à l’objectif une facette, une fossette qui est pirouette et facétie. Qui fait l’ange fait la bête : aussi l’artiste prend-il la pose pour mieux im-poser son image qui vaut être.? Tout l’art de Roberto Battistini consiste à livrer un combat qui ne dit pas son nom afin d’obliger l’artiste ?à baisser la garde pour livrer à l’objectif sa part d’ombre et de lumière. Trait pour trait, œil pour œil, même si la séance de portraits adopte des airs policés, elle révèle une lutte pour la reconnaissance de deux consciences. Le photographe dit implicitement à l’artiste : “Je suis autant artiste que toi”, tandis que l’artiste pense, ?par sa connaissance de l’image, pouvoir esquiver chaque prise comme le ferait un boxer sur le ring, riant sous cape de voir chaque flash se heurter à un miroir. Rien n’est plus vital que ce duel à fleurets mouchetés ?de ces deux artistes qui ont en partage le royaume ?de l’image. Roberto Battistini nous offre ici le tribut?de son combat.

?Emmanuel Jaffelin, Éloge de la gentillesse, Bourin éditeur

Commissariat : Chantal Blumann et Elin Engström