Mois de la Photo à Paris 2012

Gérard Rondeau

La géographie des apparences

26 octobre 2012 - 05 décembre 2012

Ecole nationale supérieure d’architecture Paris-Val de Seine

3, quai Panhard-et-Levassor, 13e.

www.paris-valdeseine.archi.fr

Tel.: +33 1 72 69 63 00


Métro : Bibliothèque François Mitterrand
Du lundi au samedi : 11 h – 19 h
Entrée libre


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© Gérard Rondeau

Sait-on ce qu’il faut de cécité pour que des présences nous soient offertes dans leur pure contingence ?? Il n’est pas question chez Gérard Rondeau de préméditation plastique mais de surgissement. Quelle est cette silhouette qu’on découvre parmi les branches chargées de neige ?
Il n’a cure de l’aveuglante clarté. C’est allusivement qu’il nous invite à voir. Pour dévoiler il voile : s’éloigner des vues apprises. Paysage, maison, voiture abandonnée ; toujours il est question de mémoire et de flux.

Jamais autant que dans son travail sur la guerre n’émerge l’obsession de la conscience du temps.? Se promène-t-on dans la forêt que les vagues?des tranchées miment son battement, emportant?les corps des combattants meurtris. Dans un mouvement d’horloge tourbillonne le chaos.? Gérard Rondeau nous donne à voir dans le tremblement des valeurs subtiles, comme dans le battement d’un contraste infime à travers l’atmosphère humide où la présence s’avive.

Orbites fantomatiques ! Celles des vanités, celles des vaisseaux de pierre fracassés. Jamais noir et blanc n’auront autant traduit les reflux de la vie,? les souffrances et compassions de ceux qui ont comme lui témoigné des corps abîmés par la guerre et soutenus par des squelettes de béquilles.
Une bâtisse suinte la tristesse, sorte de périscope au visage à l’œil glauque perdu sur l’étendue des plaines.

Sous un faîtage de tuiles s’avance une terrasse couverte d’un fantôme de treille qui attend en vain un visiteur. Les branches dénudées des peupliers, sentinelles de?la brume, convoquent l’espace.
Gérard Rondeau ne connaît les choses que par sa ténacité à les connaître. L’attente précède l’acuité de son regard. Il lui faut chaque fois renier une vision acquise. Ici, croit-on fixer une image qui se présente à nous dans son immobilité que valeurs et formes apparaissent et disparaissent jusqu’à s’annuler?dans une image mentale. Là, le sillage d’une voiture se dresse sur l’horizon, comme dans une muette imploration vers trois vagues de nuages dont l’écume roule comme un mascaret.

Le temps appartient à la physiologie du photographe créateur. Gérard Rondeau choisit le temps de pose qui métamorphose l’espace en champ de forces.? La question qu’il soulève est celle du temps. On ne saisira que mieux sa véritable originalité en percevant sur ses photos la trace de la quatrième dimension.

Le présent est enfin vécu dans une contemporanéité qui ne sépare pas l’objet de sa possibilité à exister, l’oiseau de sa faculté de voler, le vivant de sa capacité à respirer, et chacun d’entre nous de son aptitude à être présent par la médiation de la “pure extériorité” de son déploiement.
De fait, Gérard Rondeau nous accorde la grâce de la vie.

Henri Gaudin, Paris, mai 2012


Commissariat : Laura Serani