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Hiéroglyphes du plaisir

10 November 2010 - 24 December 2010

Galerie 1900-2000

www.galerie1900-2000.com

8 rue Bonaparte, 16e.

Tel.: +33 01 43 25 84 20

Mº : Saint Germain des près.
Ouvert lundi de 14h à 19h, du mardi au samedi de 10h à 12h30 et de 14h à 19h.
Entrée libre.

© Pierre Molinier. Courtesy Galerie 1900-2000

Rien de plus commun aujourd’hui que les images de la sexualité – du moins dans les sociétés occidentales. Autrefois argentiques, elles sont numériques désormais. Ce changement a “amélioré” la qualité technique puisque retouches, suppressions et additions sont à portée de programmes. Lumières et couleurs se fabriquent pareillement. Des corps féminins et masculins aux mensurations ad hoc, des caméras, des ordinateurs : ainsi s’obtiennent des vues mobiles ou immobiles de toutes les combinaisons sexuelles possibles selon le nombre des participants.

Les photographies ici présentées n’ont rien de commun avec cette industrie visuelle. Elles se placent à l’exact opposé. On n’y observe le plus souvent qu’un seul corps. Ce sont des tirages noir et blanc de petites dimensions, pour la plupart. Ils opposent à la perfection des logiciels les manipulations empiriques et hasardeuses d’un homme qui, par exemple, travaille en tout et pour tout avec le corps de sa maîtresse et le sien, quelques accessoires, des bas de soie, des ciseaux et un matériel de tirage et développement de moyenne qualité. Cet homme, c’est Pierre Molinier dont on scrute les œuvres avec une attention inlassable. L’adéquation est parfaite entre ses désirs et les formes dans lesquelles il les projette : désirs privés, à peine avouables, et images de taille réduite, à tenir dans la paume de la main ou à garder dans un petit livre – comme le propose Hans Bellmer. Lui aussi est un empirique et un bricoleur – de sa poupée d’abord, puis des mises en scène qu’il peut disposer grâce à elle. Elle n’a pas l’air vrai et ne peut tromper aucun regard. C’est qu’il ne s’agit pas de produire une représentation détaillée et en gros plan d’une activité sexuelle, mais de tracer les hiéroglyphes du désir et du plaisir. L’abstraction du noir et blanc y contribue. De cette propriété, Man Ray a tiré les conséquences merveilleuses que l’on sait. Florence Henri se joint à ces surréalistes et, du motif de la femme qui se pâme, donne une version d’autant plus captivante que les fleurs qui l’entourent ne sont pas de pure ornementation. Image mentale décidément. Ainsi s’inscrit-elle dans la mémoire. Aussi est-il logique que les vivants qui se trouvent en si belle compagnie – Annie Leibovitz, Jean-Jacques Lebel ou Miguel Rio Branco – ne fassent allusion à cette industrie qu’avec ironie, par le détournement ou la parodie. Philippe Dagen

L’exposition présente les œuvres de Nobuyoshi Araki, Lionel Bayol Themines, Hans Bellmer, Pierre Boucher, Philippe Dagen, Leo Dohmen, Florence Henri, Noritoshi Hirakawa, Philippe Jusforgues, Jean-Jacques Lebel, Annie Leibovitz, Maurice Lemaître, Man Ray, Maccheroni, Pierre Molinier, Alexandra Pouzet et Alain-Pierre Pillet, Edward Steichen, Miguel Rio Branco ainsi qu’Andres Serrano.